Design de l'attention

Du design de l’attention à un design responsable : hypothèses et perspectives.

02 Oct 2018

T3-LA-ROQUE-Mellie.pdf : Accéder à la présentation


Transcription et traduction réalisées par Marion Baril, merci à elle !

Bonjour à tous et à toutes, je vais vous présenter aujourd’hui une réflexion et un projet interrogeant la notion de design d’attention mais aussi une de ses perspectives possibles, celle d’un design plus responsable.

Je vais vous raconter l’histoire de Mathieu, qui a récemment été diagnostiqué souffrant de TL qui est une maladie numérique.

TL c’est la Tachilalie en ligne, c’est une maladie qui crée des comportements compulsifs où l’on a tendance à partager du contenu social rapidement, fréquemment, si bien que notre entourage, nos proches, nos amis, n’arrivent pas à nous suivre sur les réseaux sociaux et cela conduit à un rejet social en ligne.

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Des maladies numériques il en existent d’autres, comme l’anxiété de systrom, la monophobie en ligne, et vous allez me dire : « Mais c’est bizarre je ne les connais pas ces maladies », c’est normal puisqu’en fait ce sont des maladies imaginaires inventées par le studio Near Future Lab qui a analysé nos comportements actuels face aux services numériques et en fait dériver nos comportements compulsifs en maladie au travers du design fiction. Certaines de ces maladies peuvent faire prêter à sourire mais je pense qu’on est tous d’accord que cela vient nous interroger, nous questionner sur les rapports qu’on a actuellement face à la technologie et plus largement nous interroge sur le design d’attention.

Alors, le design de l’attention, qui est aussi appelé le design persuasif, est aujourd’hui à l’œuvre dans de nombreux services numériques et l’idée première du design de l’attention est de venir capter nos capacités à se concentrer sur une tâche en particulier, et dans son livre Hooked, Nir Eyal, nous donne la recette qui est utilisée dans de nombreux services numériques aujourd’hui qui regroupe quatre grands thématiques pour créer un design addictif. La première étape est de créer une habitude chez l’utilisateur et un déclencheur, on appelle ça « Trigger », un déclencheur interne ou externe comme par exemple la sonnerie d’une notification qu’on vient de recevoir sur Facebook, là on va éveiller la curiosité de l’utilisateur pour qu’il vienne se connecter sur le service, à ce moment là on passe à l’étape deux qui est « Action » et l’idée qui est, que cette curiosité qu’on a éveillé chez l’utilisateur c’est de l’amener à passer à l’action et à se connecter, consommer du temps sur son service ou le réseau social en ligne. La troisième étape pour que cette habitude et ce comportement un peu addictif soient récurrents : il faut qu’on vienne récompenser l’utilisateur, on appelle ça « Rewards » l’idée de donner un cadeau, une récompense, on peut illustrer par exemple par le like que l’on a lorsqu’on voit une photo sur Facebook, on a une certaine reconnaissance sociale qui nous incite à revenir sur le réseau social et s’investir qui est la quatrième étape où l’on a un certain plaisir à avoir cette reconnaissance sociale donc on va venir encore plus partager du contenu et on va venir nourrir tout ce cycle de design de l’attention et à la fin on est complètement dépendant de ces services numériques et on constate que ça crée des comportements de dispersion, de zapping, de multi-tasking, dans notre vie, au quotidien, et cela a aussi initié des comportements dans des domaines plus spécifiques, qui sont comme celui du monde du travail, que j’ai étudié lors de mon master à l’Université de Design de Nantes Atlantique et sur lequel j’ai développé mon projet de fin d’étude, et là je vous donne quelques chiffres qui émanent d’une étude menée par SteelCase sur un cerveau haute performance où on nous donne quelques chiffres assez indicatifs, par exemple trente fois c’est le nombre moyen de fois où un employé va venir contrôler ses e-mails en une heure, deux cent vingt et une fois c’est le nombre où l’on va venir vérifier notre téléphone durant la journée, huit c’est le nombre moyen de fenêtres que l’on a d’ouvertes sur notre bureau d’ordinateur.

Alors évidemment, ces comportements un peu compulsifs sont liés à un contexte d’évolution globale du monde du travail. Premier point, c’est qu’on a une digitalisation du travail où l’on a beaucoup plus d’outils, de services à disposition pour travailler au quotidien, on a une nouvelle organisation où l’on travaille beaucoup plus en agilité, en itération, en mode collaboratif, donc on a beaucoup plus d’échanges sociaux à effectuer et le troisième point c’est qu’il y a de nouvelles formes de travail où l’on est plus à travailler en entreprise, on est nomade, on travaille dans les transports, dans les tiers lieux donc il y a une réelle porosité qui se fait entre les temps de travail et les lieux, c’est donc dans ce contexte que j’ai travaillée sur l’élaboration du projet Daily que je vais vous présenter aujourd’hui.

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Au sein du Master de l’École de Design Nantes Atlantique et sous le tutorat de Cindy Felio, docteure en sciences de l’information et de la communication, le but de ce projet était de redonner du contrôle à l’utilisateur, dans son environnement numérique, l’idée c’est qu’il ne subisse plus les distractions et qu’il puisse avoir des temps de travail constructifs tout en réduisant le multi-tasking et l’épuisement cognitif. Alors ce projet a bien sûr émané d’une étude de terrain, avec une phase d’observation et une phase d’entretien. La phase d’entretien s’est faite dans trois lieux de travail différents : la Cantine Numérique à Nantes, la SNCF74 et le groupe SIGMA qui rassemblaient des profils de travailleurs divers comme des freelances, des salariés, des télé-travailleurs. L’idée c’était d’avoir, pour moi, un champ global d’études pour comprendre les nouveaux usages du numérique et aussi les nouveaux modes de travail, et lors des interviews je demandais souvent aux personnes de me raconter leur journée typique de travail en racontant leur quotidien du lever au coucher. En me détaillant les différents usages du numérique qu’ils avaient au cours de la journée, quels outils ils utilisaient et pourquoi. L’idée était de faire ressortir de ces cartographies d’usages des insights et les besoins utilisateurs qui étaient attendus par cette cible et les besoins usagers, je vais vous en lister, je vais vous lister les principaux, c’était d’aider dans un premier temps une instauration d’un comportement responsable envers le numérique, donc peut-être avoir des produits qui aident à prendre conscience de son comportement numérique avec les services, les outils, initier à la pause et aux moments de focus donc avoir des moments où je ne suis pas dérangé, où je peux être concentré de manière prolongée, limiter la charge mentale au quotidien, donc avoir des pauses cognitives durant sa journée, faciliter la vie, le passage de la vie professionnelle à la vie personnelle, ça c’était un gros point, où on constate aujourd’hui que la technologie crée énormément de porosité dans nos temps, et des fois on a une certaine surcharge qui se crée donc il y avait cette envie pour ces travailleurs-là, comme pour les freelances, d’avoir vraiment une séparation, et enfin l’idée de travailler sur des temporalités, pouvoir avoir des temps vraiment dédiés à l’échange, au travail d’équipe et avoir des temps plus personnels sans être dérangé. Cela a donc donné lieu au projet Daily, une application desktop, (qui) est un petit module qui permet d’appareiller tout notre environnement numérique, donc quand je dis environnement numérique c’est notre ordinateur, notre téléphone portable, notre montre connectée et autre objet connecté et cela a été l’occasion avec ce projet aussi de faire des recherches autour d’un nouveau langage d’interaction, celui de la gestuelle. Pour chaque fonctionnalité de Daily, l’idée c’est que l’on puisse activer la fonctionnalité via une gestuelle donc quelque chose de beaucoup plus intuitif et qui limite une certaine charge cognitive que l’on peut connaître aujourd’hui dans l’usage de certains services donc l’idée c’était de proposer une interaction aux utilisateurs beaucoup plus spontanée, expressive et rapide pour aller actionner ce qu’on souhaite en peu de temps. Du coup, je vais vous présenter les quatre grandes fonctionnalités du produit Daily : la première s’intitule Tempo, Tempo l’idée c’est qu’à travers cette fonctionnalité on puisse se créer des environnements de travail adaptés à nos tâches, donc l’idée c’est qu’on puisse se créer des Dashboard adaptés aux tâches qu’on effectue dans notre journée, donc sur le Dashboard, on a à la fois, les applications, les services qu’on utilise quotidiennement, et la possibilité de se créer le temps que l’on souhaite à disposition pour ce temps-là, on a la possibilité de pouvoir régler des fonctionnalités, on peut bloquer les notifications de nos différents outils c’est à dire bloquer les notifications des réseaux sociaux, de nos applications et messages entrants si on ne souhaite pas être dérangés durant ce temps là.

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La deuxième fonctionnalité c’est Focus, c’est l’idée aussi d’avoir des temps de travail, on va dire, sans distraction et là par exemple c’est un manière beaucoup plus aléatoire, j’ai un rapport à effectuer de dernière minute dans une heure, j’enclenche le mode focus et règle le timing que je souhaite accorder et pendant ce temps là j’ai réglé mes préférences de blocages, j’ai bloqué les réseaux sociaux et les notifications, certains appels et messages et donc je peux me lancer dans un temps de travail constructif, sans distraction. La troisième fonctionnalité c’est Brief, c’est l’idée que, durant sa journée, on puisse avoir des temps de relaxation mentale et donc l’idée c’est d’avoir des mini pauses cérébrales et cognitives  au travers d’exercices de respiration, donc l’application propose durant le temps qu’on souhaite d’avoir, on va dire, une séance de respiration guidée qui nous permette de relâcher la pression et aussi venir reposer notre cerveau, il est souvent trop stimulé durant nos journées de travail. La quatrième fonctionnalité c’est Switch, c’est l’idée d’établir une coupure entre vie professionnelle et vie personnelle, donc l’idée c’est que, par exemple c’est vendredi 17H00, je pars en week-end, je vais venir activer mon mode Switch famille, mode Switch que j’ai défini au préalable, j’ai défini par exemple que pendant ce week-end là je veux être coupé de mes réseaux sociaux par exemple de mon Slack professionnel, je ne veux pas recevoir d’appels entrants de mon équipe et donc l’idée c’est d’avoir une coupure numérique où le petit objet va me permettre d’être un filtre, qui va me permettre d’être tranquille durant mes deux jours de repos, cela peut être décliné sous forme de Switch famille, Switch vacances, etc. Ça peut être vraiment adapté au mode de vie de l’utilisateur.

Ce projet a été un point d’ancrage dans ma pratique sur une réflexion plus profonde questionnant la responsabilité que je souhaitais endosser en tant que designer, l’idée que, finalement, quelle place je veux aujourd’hui prendre dans la conception de produits et services numériques, à quoi je veux contribuer, et est-ce que je veux continuer à alimenter une logique de l’économie de l’attention, est-ce que finalement, on ne pourrait pas inventer de nouveaux modèles ?

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Aujourd’hui on constate, que l’on est vraiment sur un modèle en disfonctionnel qui répond à des valeurs d’efficacité, de profitabilité, de rapidité, de croissance, et on pourrait se demander si demain on ne pourrait pas inventer quelque chose de nouveau, beaucoup plus aspirationnel, c’est-à-dire qui fait écho à des valeurs d’éthique d’authenticité, d’utilité, de durabilité. Car, en fait, il est vrai que en parlant de design d’attention on se rend compte aujourd’hui et au travers de ces deux jours de conférences que le design de l’attention c’est la partie immergée de toute une mécanique qu’il faudrait venir repenser. Avec le projet Daily que je viens de vous présenter, j’ai proposé une solution qui venait s’insérer dans ce contexte d’économie de l’attention, je proposais un outil qui puisse aider l’utilisateur à mieux gérer tous ces services, qui sont conçus dans cette idée d’économie de l’attention mais l’idée aujourd’hui c’est d’aller beaucoup plus loin et de concevoir les prémices d’un produit de manière responsable, dès la conception. Alors la question a été, suite à cette prise de conscience, de définir ce que j’entendais par un design responsable et donc aujourd’hui je défini le design responsable comme une accroche qui valorise la justice, l’égalité, la participation, le partage, la durabilité et des pratiques, qui engagent intentionnellement des enjeux sociaux, sociétaux et qui reconnaît les conséquences des actions et des décisions prises. Alors, cette définition déjà donne un cadre de pensée, mais l’idée c’était qu’en tant que designer comment je puisse retranscrire cette idée dans ma pratique et comment initier une conception responsable au quotidien. Donc là je vais plus vous donner des hypothèses de conception sur lesquelles je réfléchi encore aujourd’hui et qui sont évidemment des premières idées pour initier un mouvement plus durable de conception responsable.

Donc la première idée c’est de penser circularité, il faut penser circularité à trois niveaux, la première c’est penser circularité dans l’entreprise, en effet aujourd’hui les designers ne peuvent pas être solitaires en fait dans cette prise de conscience de conception durable responsable, il faut qu’ils travaillent vraiment en équipe, tous les profils qui sont dans leur environnement de travail et par exemple main dans la main avec des analystes par exemple qui ont des profils plus sur l’élaboration de business models pour initier sur le long terme de nouveaux modèles de conception. La deuxième considération c’est de penser singularité dans les produits et services donc l’idée c’est qu’aujourd’hui on doit vraiment réfléchir aux répercussions que l’on veut avoir sur la collectivité, sur l’environnement, en début et fin de cycle de vie d’un produit ou service donc là je vous donne l’exemple de Fairphone qui est un téléphone qui a pour ambition de changer l’industrie électronique, donc vaste programme, et comment ils souhaitent mettre en place cette idée. L’idée déjà d’avoir un design beaucoup plus durable en privilégiant la modularité, la facilité de réparation, en partageant avec la communauté un logiciel libre et ouvert pour allonger la durée de vie du système d’exploitation mais aussi en pensant dès en amont dans les décisions de conception de production des méthodes qui réduisent l’empreinte écologique. Deuxième point c’est qu’ils se questionnent aussi sur les matériaux, plus responsables à acheter, par exemple, des matériaux moins dangereux et toxiques, accroître l’utilisation de ressources recyclées renouvelables, pour initier à un développement pour les outils numériques et enfin ils privilégient un troisième point qui est la réutilisation et le recyclage donc par exemple ils encouragent la communauté Fairphone à faire don des téléphones usagés dans des programmes de recyclages, on peut aussi tout à fait réparer son téléphone en achetant des pièces détachées qui se créent tout au long du cycle du produit et de son usage.

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Et donc finalement les deux points que je viens de vous citer, participent, à une circularité au sein même de la Société et de l’environnement parce que c’est une cercle vertueux qui va finalement se répercuter sur toute la chaîne de conception, d’usage et qui va profiter à tous l’ecosystème, notre Société et l’environnement. La deuxième hypothèse c’est d’avoir, enfin, d’élaborer de nouveaux processus créatifs, donc en tant que designer on connaît très bien ce processus créatif avec ses cinq étapes « empathyse, define, ideate, prototype and test » et on constate que l’on a pas vraiment, dans ce processus créatif, d’étape où on va venir mesurer l’impact de nos choix, de nos décisions, visions dans un produit ou service numérique et c’est ce que la designer Catherine Zou est venu un peu chalenger et propose dans ce processus créatif de venir remettre des étapes d’analyse, de mesure d’impact au sein du processus créatif, donc par exemple pour « evaluate » l’idée c’est par exemple de se réunir en équipe et réfléchir à la vision qu’on a développé dans le produit et voir si finalement est-ce que ça avait vraiment une cohérence éthique, est-ce que c’est durable, et si non revenir rechallenger les fonctionnalités qu’on avait imaginées de notre vision de départ. Monitor à la fin c’est aussi l’idée de surveiller notre produit même quand celui-ci a été délivré, donc l’idée d’avoir en permanence des retours usagers sur peut-être des problèmes éthiques qui pourraient survenir et qui pourraient être rechallenger par les équipes initiatives du service ou du produit numérique. Alors cette idée de nouveau processus créatif et de nouvelles étapes peuvent être accompagnées par de nouveaux outils, on peut par exemple imaginer qu’on vienne aussi en tant que designer rechallenger nos idées par des manières un petit peu plus ludiques. Donc là je vais vous parler plus particulièrement du jeu de cartes dans un tarot Card of take de Artefact qui en fait permet de se poser des questions durant le processus créatif où on va pousser à l’extrême les scenario d’usage donc par exemple là on voit sur la première carte, “qu’est-ce-que…”, “What would using your product too much look like?” donc là c’est qu’est-ce qu’un usage intensif de mon produit pourrait créer chez l’utilisateur, la deuxième c’est “What happen when?”, qu’est-ce qui se passe quand cent millions de clients, de gens utilisent mon produit, donc l’idée c’est là aussi de venir questionner de manière extrême et de pouvoir réajuster notre produit.

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La quatrième hypothèse c’est de vraiment prendre en compte des valeurs de transparence et d’autonomie, donc de prendre soin de l’utilisateur, et là ça questionne aussi nos pratiques en tant que designers de dire que finalement cette idée de transparence, et d’autonomie ça fait appel à, peut-être, de nouvelles compétences qu’on devrait intégrer plus autour du légal design donc avoir peut-être des outils, des méthodes qui nous permettent de finalement penser en amont des services transparents pour l’utilisateur. La cinquième hypothèse est plus en termes de convictions, c’est d’être plus actif, un design activisme pour le bien commun, donc l’idée c’est qu’aujourd’hui vraiment en tant que designer, enfin à mon sens, on doit s’engager pour les futurs que nous souhaitons voir, en effet le designer a une réelle responsabilité par sa pratique, il insuffle de nouvelles orientations, de nouveaux modes de vie, donc là, il va bien au-delà d’une conception tangible du numérique, d’usage, il insuffle une vision, un message, à l’utilisateur et plus largement à la société, donc sa responsabilité dans la conception aujourd’hui est vraiment à considérer car on est dans une grande période de transition et il faut affirmer ses visions personnelles au sein des organisations pour finalement voir les futurs que nous souhaitons voir. Et enfin je terminerai par la sixième hypothèse, celle de se servir de l’utopie pour élaborer des futurs souhaitables. En effet je pense qu’il faut qu’on vienne se nourrir d’utopie tout en restant pragmatique sur les enjeux futurs dans le numérique dont celui d’une conception plus responsable. L’utopie c’est vraiment un puissant pilier d’innovation donc qui permet de penser au-delà du système actuel pour libérer la créativité, donner des orientations, des outils pour changer le présent. Être utopiste est par la même occasion souvent idéaliste je pense que c’est une qualité qu’il faut cultiver dans nos pratiques de conceptions pour inventer de nouveaux récits, inventer de nouveaux usages, services et produits avec bienveillance et c’est s’éloigner des distopies qui nous guettent. Merci.

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[Applaudissements]

[Questions du public]

– Bonjour, je voudrais simplement situer ça dans le réel, donc ce que vous dites, en fait, il y a une part effectivement qui connote un peu du monde des bisounours, je me fais l’avocat du diable, mais on se situe comment dans le cadre d’investissements, des start-up, dans le monde capitaliste dans lequel on vit, comment est-ce que votre vision agit et se met en place parce que je désire en dernier lieu qu’il fallait affirmer ses valeurs en tant que etc. etc., là on a une hiérarchie, un certain nombre d’impératifs économiques à respecter, comment est-ce que ça se joue à ce niveau là ?

– Je pense que c’est quelque chose évidemment qui va se faire sur le long terme, donc déjà la première étape c’est de sensibiliser, par exemple au sein de son organisation, tous les collaborateurs à une pensée plus responsable, durable, expliquer ce qu’on entend par l’éthique numérique. Donc déjà cela passe par une phase de sensibilisation au sein des équipes, et après je pense que c’est un mode de pensée, qu’il faut aussi se partager à plusieurs, donc pourquoi pas organiser des workshop en interne sur des réflexions plus éthiques dans notre organisation, dans notre processus, au sein de la start-up, au sein de l’entreprise, donc je pense que c’est un mode de pensée, une nouvelle manière de concevoir qu’il faut initier sur le long terme et petits pas par petits pas. Mais je pense que ce n’est pas du tout incompatible et que aujourd’hui justement on est dans une phase de transformation et que je pense qu’il est essentiel de venir vraiment repenser nos modèles et pourquoi pas aussi nos business models, nos modèles économiques, mais évidemment sur du long terme. J’ai peut-être délivré une vision un peu Bisounours mais en fait je pense que cela a vraiment sens, sur du long terme.

– Bonjour, moi je, juste pour commencer dire merci à, enfin vous dire merci à l’association et à l’équipe qui fait ça depuis deux jours, parce que je suis vraiment super touché par tout ce qui se dit, je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi bien, moi j’ai vraiment le sentiment qu’il y a un truc qu’est mal passé avec Internet et qu’on a une mission collectivement de faire en sorte que ça reparte sur des bases qui sont plus désirables, du coup je trouve que c’est, ça fait chaud au cœur d’entendre des chercheurs, des activistes, des gens qui bossent en organisations qui ont des intérêts pour tout ça et du coup, nous ce qu’on s’est dit, enfin le petit groupe qui a la même réflexion sur Rennes, et nous aussi on se dit qu’il faut passer à l’action et construire des produits qui mettent en place par design c’est le principal, parce que j’ai du mal à croire que les organisations peuvent être changées, je pense que c’est très compliqué de changer une organisation et je pense que ceux sont des événements forts qui les changent et je ne pense pas que, en tous cas je pense qu’il faut repartir de zéro, du coup si il y a des gens qui sont intéressés pour par exemple réfléchir concrètement qu’est-ce-que ce serait une alternative à Facebook, à la fois ceux qui sont privacy, et gestion de l’attention, de l’émotion, etc. Je vous invite à venir discuter avec moi, en tout cas envie de passer à l’action, poser des actions de comment construire un business model, comment construire des équipes, construire une organisation avec ces principes là, nous c’est ce qu’on essaye de faire à Rennes, pour l’instant on est pas nombreux et on vient ici aussi pour ça, du coup voilà venez discuter avec moi, je serais ravi de pouvoir avancer là-dessus, si il y a d’autres gens ici qui ont des projets qui veulent lancer des produits, des services, qu’on se fasse signe pour voir qui est-ce qui a envie d’être neuf, tout ça, de partir de zéro.

– Du coup ce n’était pas une question ?

– Oh c’était une question.

– Merci pour ta présentation c’était très cool et je me reconnais beaucoup dans ce que tu as présenté parce que je suis designer aussi, j’ai une question tout bête, tu parles par exemple du jeu de tarot, que j’ai vu passer aussi qui m’intéresse beaucoup, typiquement est-ce que ton Daily, tu as conçu avec cet outil là ou pas, tu as utilisé l’outil ou pas ?

– Alors non, je n’ai pas utilisé  cet outil mais, parce qu’en fait là je vous ai présenté vraiment ma réflexion, on va dire que, étape par étape donc Daily ça a été vraiment on va dire un, une initiation au design de l’attention, et finalement à comment je pouvais m’insérer, comment je pouvais concevoir de manière responsable mais l’idée c’est que toutes ces hypothèses que je viens de vous citer ça serait évidemment important de challenger mon produit Daily au travers de ces outils, au travers de ce processus créatif, pour aller encore plus loin, parce que évidemment je me suis rendue compte en proposant Daily, que je n’allais pas assez loin en fait dans ma réflexion, je m’insérais encore dans cette économie de l’attention, donc finalement je venais masquer un peu, participer à tout cet environnement et que aujourd’hui je n’ai pas forcément envie d’y participer, je veux aller recréer un nouveau modèle, donc en effet ces outils là ça serait carrément quelque chose que je pourrais venir utiliser pour la suite.

– Merci, quelqu’un d’autre voudrait intervenir ?

– Merci pour cette présentation, je suis intéressé par Daily, est-ce qu’il est commercialisé, est-ce que vous levez des fonds, où en êtes-vous ?

– Alors aujourd’hui c’est encore à l’état de prototype, mais on peut en discuter par la suite.

– Bonjour, merci pour votre intervention, à la fin votre conclusion c’est de façonner, une utopie pour façonner le futur, est-ce que du coup on peut aussi façonner le futur avec la distopie ?

– En effet, l’utopie, on va dire que ça a un sens plus positif mais la distopie est aussi intéressante puisque c’est qu’on vient pousser à l’extrême des scenario négatifs et donc cela nous permet de voir en temps réel ce qui pourrait se passer si on ne fait rien, donc en effet c’est aussi un outil qui est très intéressant et qui pourrait être utilisé dans les processus créatifs pour penser de manière plus bienveillante nos produits.

– Une dernière question ? Je vous propose d’applaudir Mellie La Roque.

[Applaudissements]


Hello everyone, I will present to you today a reflection and a project questioning the notion of attention design but also one of its possible perspectives, that of a more responsible design.

I will tell you the story of Mathieu, who was recently diagnosed with TL, a digital disease.

TL is Tachilalia online, it is a disease that creates compulsive behaviours where we tend to share social content quickly, frequently, so that our entourage, our relatives, our friends, do not follow us on social networks and this leads to online social rejection.

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There are other digital diseases, such as the systrom anxiety, online monophobia, and you will tell me: « But it’s strange I don’t know these diseases », it’s normal since they are imaginary diseases invented by the Near Future Lab studio which has analyzed our current behaviors towards digital services and actually derived our compulsive behaviors into illness through fiction design. Some of these diseases can make you smile, but I think we all agree that this raises questions about ourselves, about the relationship we currently have with technology and, more broadly, about attention design.

So attention design, which is also called persuasive design, is now at work in many digital services and the first idea of attention design is to capture our ability to focus on a particular task, and in his book Hooked, Nir Eyal, gives us the recipe that is used in many digital services today that brings together four main themes to create addictive design. The first step is to create a habit in the user and a trigger, we call it « Trigger », an internal or external trigger such as the ringing of a notification we just received on Facebook, there we will arouse the user’s curiosity to come and connect to the service, at that moment we move on to step two which is « Action » and the idea that this curiosity that we have aroused in the user is to get him to take action and connect, consume time on his service or the online social network. The third step is to make this habit and this addictive behaviour recurrent: we have to reward the user, we call it « Rewards » the idea of giving a gift, a reward, we can illustrate for example by the like we have when we see a photo on Facebook, we have a certain social recognition that encourages us to come back to the social network and invest ourselves, which is the fourth stage where we have a certain pleasure in having this social recognition, so we will come to share content even more and we will nourish this whole cycle of attention design and in the end we are completely dependent on these digital services and we see that it creates dispersion, zapping and multi-tasking behaviours in our daily lives, and it has also initiated behaviours in more specific fields, which are like the world of work, which I studied during my master’s degree at the University of Design of Nantes Atlantique and on which I developed my final project, and here I give you some figures that come from a study conducted by SteelCase on a high performance brain where we are given some fairly indicative figures, for example, thirty times is the average number of times an employee will check his e-mails in an hour, two hundred and twenty-one times is the number where we will check our phone during the day, eight is the average number of windows we have open on our computer desktop.

So obviously, these somewhat compulsive behaviours are linked to a context of global changes in the world of work. First point is that we have a digitalization of work where we have many more tools, services available to work on a daily basis, we have a new organization where we work much more in agility, iteration, collaborative mode, so we have many more social exchanges to perform and the third point is that there are new forms of work where we are more to work in companies, we are nomads, we work in transport, in third places so there is a real porosity between working hours and places, it is in this context that I have worked on the development of the Daily project that I will present to you today.

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Within the Master’s degree program at the École de Design Nantes Atlantique and under the tutorship of Cindy Felio, PhD in science a doctor in information and communication sciences, the aim of this project was to give back control to the user, in his digital environment, the idea is that he no longer undergoes distractions and that he can have constructive working hours while reducing multi-tasking and cognitive exhaustion. So this project was of course the result of a field study, with an observation phase and an interview phase. The interview phase took place in three different workplaces: the Digital Canteen in Nantes, the SNCF74 and the SIGMA group, which brought together various profiles of workers such as freelancers, employees and teleworkers. The idea was to have, for me, a global field of study to understand the new uses of digital technology and also the new ways of working, and during interviews I often asked people to tell me about their typical day at work by telling their daily lives from sunrise to sunset. By detailing to me the different uses of digital technology they had during the day, what tools they used and why. The idea was to bring out from these usage maps insights and user needs that were expected by this target group and user needs, I will list some of them, I will list the main ones, it was to help you first establish a responsible behavior towards digital, so maybe have products that help to become aware of your digital behavior with services, tools, initiate the break and focus moments so have moments when I am not disturbed, where I can be concentrated in a prolonged way, limiting the mental load on a daily basis, so having cognitive breaks during the day, making life easier, the transition from professional to personal life, that was a big point, where we see today that technology creates a lot of porosity in our times, and sometimes we have a certain overload that is created so there was this desire for these workers, as for freelancers, to really have a separation, and finally the idea of working on temporalities, to be able to have times really dedicated to exchange, teamwork and have more personal time without being disturbed. This gave rise to the Daily project, a desktop application, (which) is a small module that allows us to match our entire digital environment, so when I say digital environment it is our computer, our mobile phone, our connected watch and other connected object and it was also the opportunity with this project to do research around a new language of interaction, that of gestures. For each Daily feature, the idea is that we can activate the feature via a gestural so something much more intuitive and that limits a certain cognitive load that we can know today in the use of certain services so the idea was to propose an interaction to users much more spontaneous, expressive and fast to go and activate what we want in a short time. So I’m going to introduce you to the four main features of the Daily product: the first one is called Tempo, Tempo the idea is that through this functionality we can create working environments adapted to our tasks, so the idea is that we can create Dashboards adapted to the tasks we perform in our day, so on the Dashboard, we have both the applications, the services we use daily, and the possibility to create the time you want available for that time, you have the possibility to set features, you can block the notifications of our different tools i.e. block the notifications of social networks, our applications and incoming messages if you do not want to be disturbed during that time.

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The second feature is Focus, it’s also the idea of having working times, let’s say, without distraction and there for example it’s a much more random way, I have a last minute report to make in an hour, I set the focus mode and adjust the timing I want to grant and during this time I have set my block preferences, I’ve blocked social networks and notifications, some calls and messages and so I can start a constructive working time, without distraction. The third feature is Brief, it is the idea that, during the day, we can have times of mental relaxation and therefore the idea is to have mini brain and cognitive breaks through breathing exercises, so the application proposes during the time we wish to have, we will say, a guided breathing session that allows us to release the pressure and also come to rest our brains, he is often overly stimulated during our working days. The fourth feature is Switch, it’s the idea of establishing a break between professional and personal life, so the idea is that, for example, it’s Friday 5:00 p. m., I’m going away for a weekend, I’m going to activate my family Switch mode, Switch mode that I defined beforehand, I defined for example that during this weekend I want to be cut off from my social networks, for example my professional Slack, I don’t want to receive incoming calls from my team and so the idea is to have a digital break where the small object will allow me to be a filter, which will allow me to be quiet during my two days of rest, this can be declined in the form of Family Switch, Vacation Switch, etc.. It can be really adapted to the user’s lifestyle.

This project has been an anchor point in my practice on a deeper reflection questioning the responsibility I wanted to assume as a designer, the idea that, finally, what place do I want to take today in the design of digital products and services, to which I want to contribute, and do I want to continue to feed a logic of the attention economy, could we not finally invent new models?

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Today we can see that we are really on a dysfunctional model that responds to the values of efficiency, profitability, speed and growth, and we could wonder if tomorrow we could not invent something new, much more aspirational, that is, one that reflects the ethical values of authenticity, utility and sustainability. Because, in fact, it is true that when we talk about attention design we realize today and through these two days of conferences that attention design is the submerged part of a whole mechanics that we should come and rethink. With the Daily project that I have just presented to you, I proposed a solution that fits into this context of attention economy, I proposed a tool that can help the user to better manage all these services, which are designed in this idea of attention economy but the idea today is to go much further and design the first steps of a product in a responsible way, from the design stage. So the question was, following this awareness, to define what I meant by responsible design and therefore today I define responsible design as a catchphrase that values justice, equality, participation, sharing, sustainability and practices, that intentionally engage social and societal issues and that recognizes the consequences of actions and decisions taken. So, this definition already gives a framework for thinking, but the idea was that as a designer how I can translate this idea into my practice and how to initiate responsible design on a daily basis. So here I will no longer give you design hypotheses on which I am still reflecting today and which are obviously the first ideas for initiating a more sustainable responsible design movement.

So the first idea is to think circularity, you have to think circularity on three levels, the first is to think circularity in the company, in fact today designers cannot be solitary in fact in this awareness of responsible sustainable design, they must really work as a team, all the profiles that are in their work environment and for example hand in hand with analysts for example who have more profiles on the development of business models to initiate new design models over the long term. The second consideration is to think singularity in products and services, so the idea is that today we really have to think about the repercussions we want to have on the community, on the environment, at the beginning and end of the life cycle of a product or service, so I give you the example of Fairphone, which is a phone that aims to change the electronics industry, so vast a program, and how they want to put this idea into place. The idea of having a much more sustainable design by focusing on modularity, ease of repair, sharing with the community free and open software to extend the life of the operating system but also by thinking upstream in production design decisions of methods that reduce the ecological footprint. Second point is that they are also questioning materials, more responsible in purchasing, for example, less dangerous and toxic materials, increasing the use of renewable recycled resources, to initiate development for digital tools and finally they favour a third point which is the reuse and recycling so for example they encourage the Fairphone community to donate used phones to recycling programs, you can also repair your phone by buying spare parts that are created throughout the product cycle and use.

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And so, finally, the two points I have just mentioned to you contribute to a circularity within the Society and the environment itself, because it is a virtuous circle that will ultimately have repercussions on the entire design and use chain and will benefit everyone in the ecosystem, our Society and the environment. The second hypothesis is to finally have new creative processes, so as a designer we know this creative process very well with its five stages « empathyse, define, ideate, prototype and test » and we see that we do not really have, in this creative process, a stage where we will measure the impact of our choices, our decisions, visions in a digital product or service and that is what designer Catherine Zou came a little chalenge and proposes in this creative process to come back to the analysis stages, of impact measurement within the creative process, so for example to « evaluate » the idea is to gather in a team and reflect on the vision we developed in the product and see if it really had an ethical coherence, is it sustainable, and if not to come back to relaunch the functionalities we had imagined from our original vision. Monitor at the end is also the idea of monitoring our product even when it has been delivered, so the idea of having constant user feedback on perhaps ethical problems that could arise and that could be relaunched by the initiative teams of the service or digital product. Then this idea of a new creative process and new steps can be accompanied by new tools, one can for example imagine that we also come as a designer to challenge our ideas in a little more playful ways. So here I’m going to talk to you more specifically about the card game in an Artefact Tarot Card of take, which actually allows you to ask yourself questions during the creative process where you’re going to push the usage scenarios to the extreme, so for example, you see on the first card, « What would you use your product too much look like? »so this is what intensive use of my product could create for the user, the second is « What happen when? », what happens when a hundred million customers, people use my product, so the idea is also to question in an extreme way and to be able to readjust our product.

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The fourth hypothesis is to really take into account the values of transparency and autonomy, therefore to take care of the user, and here it also questions our practices as designers to say that finally this idea of transparency, and autonomy it calls for, perhaps, new skills that we should integrate more around the legal design therefore perhaps have tools, methods that allow us to finally think upstream of transparent services for the user. The fifth hypothesis is more in terms of convictions, it is to be more active, an activist design for the common good, so the idea is that today really as a designer, finally in my opinion, we must commit ourselves to the futures we want to see, indeed the designer has a real responsibility by his practice, he infuses new orientations, new lifestyles, so there, it goes far beyond a tangible conception of digital, of use, it infuses a vision, a message, to the user and more broadly to society, so its responsibility in design today is really to be considered because we are in a great period of transition and we must affirm our personal visions within organizations to finally see the futures that we want to see. And finally, I will conclude with the sixth hypothesis, that of using utopia to develop desirable futures. Indeed, I think we need to feed on utopia while remaining pragmatic about future challenges in the digital world, including the need for a more responsible approach. Utopia is really a powerful pillar of innovation, so it allows us to think beyond the current system to unleash creativity, give guidelines and tools to change the present. Being utopian is at the same time often idealistic I think it is a quality that we must cultivate in our design practices to invent new stories, invent new uses, services and products with benevolence and it is to distance ourselves from the distractions that await us. Thank you.

21:19

[Applause]

[Questions from the public]

– Hello, I would just like to situate this in the real world, so what you’re saying, in fact, there’s a part of it that does connote a little bit of the world of teddy bears, I’m an advocate of the devil, but how do we fit in the context of investments, start-ups, in the capitalist world in which we live, how does your vision work and is put in place because I ultimately want to affirm its values as etc. etc.? there we have a hierarchy, a certain number of economic imperatives to respect, how is it played out at this level?

– I think that this is obviously something that will be done in the long term, so the first step is already to raise awareness, for example within your organization, among all employees of a more responsible, sustainable approach, to explain what we mean by digital ethics. So already this is going through a phase of awareness within the teams, and then I think it’s a way of thinking, which also needs to be shared by several people, so why not organise internal workshops on more ethical thinking in our organisation, in our process, in the start-up, in the company, so I think it’s a way of thinking, a new way of thinking that we must initiate over the long term and small steps by small steps. But I think that this is not at all incompatible and that today we are in a phase of transformation and that I think it is essential to really come and rethink our models and why not also our business models, our economic models, but obviously in the long term. I may have delivered a little bit of a Care Bear vision, but in fact I think it really makes sense, in the long term.

– Hello, I, I, just to start by saying thank you to, finally say thank you to the association and the team that’s been doing this for two days, because I’m really very touched by everything that’s being said, I didn’t expect it to be so good, I really feel that there is something wrong with the Internet and that we have a collective mission to make sure that it starts again on a more desirable basis, so I think it’s, it’s heartwarming to hear from researchers, activists, people who work in organizations that have an interest in all this and therefore, we have what we said, finally the small group that has the same reflection on Rennes, and we also think that we must take action and build products that implement by design is the main thing, because I have trouble believing that organizations can be changed, I think it is very complicated to change an organization and I think that these are strong events that change them and I do not think that, in any case I think we have to start from scratch, so if there are people who are interested to think about what an alternative to Facebook would be, for example, both those who are privacy, and managing attention, emotion, etc. I invite you to come and discuss with me, in any case you want to take action, take action on how to build a business model, how to build teams, how to build an organisation with these principles, that’s what we’re trying to do in Rennes, for the moment we’re not many and we come here too for that, so come and talk to me, I would be happy to move forward on this, if there are other people here who have projects that want to launch products, services, let’s get in touch to see who wants to be new, all that, to start from scratch.

– So it wasn’t a question?

– Oh, that was a question.

– Thank you for your presentation it was very cool and I recognize myself a lot in what you presented because I’m a designer too, I have a very silly question, you mean for example the tarot game, which I saw pass also that interests me a lot, typically does your Daily, did you design with this tool there or not, did you use the tool or not?

– So no, I didn’t use this tool but, because in fact I really introduced you to my reflection, we’re going to say that, step by step, so Daily it was really an initiation to attention design, and finally to how I could fit in, how I could conceive in a responsible way but the idea is that all these hypotheses I just mentioned would obviously be important to challenge my Daily product through these tools, through this creative process, to go even further, because obviously I realized by proposing Daily, that I didn’t go far enough in fact in my reflection, I was still inserting myself into this economy of attention, so finally I came to mask a little, to participate in all this environment and that today  I don’t necessarily want to participate, I want to recreate a new model, so these tools would be something I could come and use for the future.

– Thank you, does anyone else want to speak?

– Thank you for this presentation, I am interested in Daily, is it marketed, are you raising funds, where are you at?

– So today it is still in the prototype stage, but we can discuss it later.

– Hello, thank you for your intervention, at the end your conclusion is to shape, a utopia to shape the future, can we therefore also shape the future with distraction?

– Indeed, utopia, we are going to say that it has a more positive meaning but distopia is also interesting because it is because we come to push negative scenarios to the extreme and therefore it allows us to see in real time what could happen if we do nothing, so indeed it is also a tool that is very interesting and that could be used in creative processes to think more benevolently about our products.

– Any last questions? I suggest you give it up for Mellie La Roque.

[Applause]